Tout le monde connaît la version officielle = les Etats-Unis auraient remporté la course aux armements (3 armes nucléaires produites par jour en 1987). Le désir éperdu de l'URSS de les suivre aurait conduit à la chute du communisme et à la fin de la Guerre Froide. Il n'en est rien... Comme le souligne le Washington Post c'est aussi grâce à sa culture que l'Amérique a défait l'Union Soviétique. Tout commence dans les années 1940. Joseph Staline décide de projeter Les Raisins de la Colère pour montrer à son peuple les ravages du capitalisme. Las, les Soviétiques s'émerveillent de voir que "même les pauvres ont une voiture en Amérique !". La série Dallas (1978-1991) va ouvrir elle-aussi une brèche. Nicolae Ceauşescu imita Staline et décida de montrer aux Roumains toute la décadence de l'Ouest. On imagine aisément la réaction du Camarade, payé € 350 par mois devant la richesse des Ewings. D'aucuns répondront que l'argent ne fait pas tout, mais ils sont rarement issus de pays pauvres. Le capitalisme prenait ici sa forme la plus déduisante : celle de la LIBERTÉ !! Les Roumains, asservi par une dictature ubuesque qui voulait contrôler jusqu'à leur propre sexualité ne pouvait bien entendu pas rester indifférents à ce style de vie (ranch, cocktails, voitures de sport, sexe sans contrainte...). Ils voyaient JR jouir de la vie à tous les sens du terme, ils voyaient le corps de Pamela comme une offrande au désir, ils voyaient ces espaces texans infinis alors que 1/5 de Bucarest était détruite pour construire un Palais. Ils ne virent pas tout ce que Ceauşescu escomptait : l'éclatement de la famille, les laissés pour compte du système, les magouilles... Ils ne virent que Dallas ! C'est d'ailleurs le 1er programme diffusé par la Télévision Roumaine d'après Ceauşescu à Noël 1989. Chose curieuse, certaines scènes de sexe furent censurées (chassez le naturel). Cela n'empêcha pas Ilie Alexandru, un milliardaire roumain, d'ériger une réplique de Southfork (légèrement plus grande), à mi-chemin de Bucarest et la Mer Noire...
Quelle musique fait vibrer les dictateurs ? C'est la question du jour ! Staline a vu Le Lac des Cygnes une trentaine de fois. Il s'est beaucoup impliqué dans les questions de musique puisqu'on lui doit le retour de Prokofiev en URSS. Sa relation avec Chostakovitch a alterné entre le bon (l'Armée Rouge pilone les lignes de la Wermarcht à Leningrad pour que le silence soit fait à l'occasion de la Première de la Symphonie n° 7 « Leningrad »), et le moins bon (il est souvent obligé de capituler devant la censure officielle). À la mort de Staline, cependant, les auditeurs soviétiques entendirent du Jean-Sébastien Bach. MAO avait un opéra favori : « L'Empereur séduit la Princesse» et est même devenu le personnage d'un opéra : « Nixon in China» de John Adams. Saparmyrat Ataýewiç Nyýazow avait, pour sa part, interdit les playbacks !!! Adolf Hitler aurait vu Parsifal une cinquantaine de fois. Il entretenait d'excellents rapports avec la famille et les descendants de Richard Wagner. Plus difficile fut la situation des musiciens juifs tels Mahler ou "dégénérés" comme Schönberg. Richard Strauss et Carl Orff, quant à eux, apportèrent au régime un soutien sans faille. Le jazz fut également banni du IIIème Reich. Pol Pot et le Mollah Omar avaient interdit la musique. Fidel Castro, quant à lui, confesse aimer Richard Wagner et John Lennon, pourtant censuré à Cuba jusque dans les années 1980 pour "faiblesse idéologique" (le 1er groupe de rock autorisé à jouer à La Havane fut Audioslave en 2005), et le Leader Maximo d'ajouter : « Je ne connais rien de sa musique. J'ai une oreille déplorable et mon Anglais est encore pire. Mais je partage totalement sa pensée, ses idées. ». Dans le Zaïre de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga une désoccidentalisation forcée fut menée qui aboutit à une explosion artistique : Jazz, Rumba, Funk, Rock, Soul furent métissés avec les musiques locales. La guerre civile menée par les enfants soldats au Libéria a anénti toute vie musicale autochtone, là-bas 50 Cent règne désormais en maître. C'est en jouant 24H/24 Highway to Hell que les Marines délogèrent Noriega de l'ambassade du Vatican à Panama City. Kim Jong-il a composé plusieurs opéras tels que « Tenons Plus Fermement nos Baïonnettes ». Tout un programme !
Un dictateur lit aussi, parfois il écrit. Mais quoi ? Quels sont ses ouvrages préférés ? Commençons par Adolf Hitler, son livre "Mein Kampf" montre clairement qu'il a lu en diagonale les oeuvres de Nietzsche. On peut légitimement penser qu'il a du potasser "Les Juifs dans la Musique" de Richard Wagner. Enver Hoxha récitait Victor Hugo et avait lu tout Montesquieu. Il a publié de nombreux ouvrages, tous disponibles en France. Mussolini aurait, paraît-il, écrit trois pièces de théâtre que certains critiques auraient comparé au meilleur Shakespeare ! Avant d'arriver au pouvoir Mao fixe un programme aux artistes dans ses "Causeries sur l'Art et la Littérature Yan'an". Il est surtout connu pour son livre de citations, ou "Petit Livre Rouge" (毛主席语录). Obligatoire pour tous les Chinois, le live sera également plébiscité par certains en Occident, citons notamment ces médecins qui affirmaient que la lecture des pensées du Président Mao pouvait permettre à un patient d'être opéré sans anesthésie !!!! Saparmyrat Ataýewiç Nyýazow a lui aussi apporté sa pierre à l'édifice. En effet, il a non seulement pu imposer ses textes partout (le manuel de mathématiques au Turkménistan commence par une introduction du cher Président), mais il a aussi écrit le "Ruhnama" ( روحنامه) ou Livre de l'Âme. Son auteur déclara « Celui qui par trois fois lira le Ruhnama trouvera une richesse
spirituelle, deviendra plus intelligent, reconnaîtra l'existence divine
et ira directement au paradis ». C'est ainsi que fut justifiée la fermeture des hôpitaux devenus inutiles. Fidel Castro avoue bien volontiers que c'est en lisant "Les Misérables" que sa révolte est née. Nicolae Ceauşescu fut fortement impressionné par l'idéologie du Juche de Kim il-Sung, en Corée du Nord, dont il fit traduire en Roumain plusieurs ouvrages. Staline possédait plus de 20 000 livres et lisait absolument tout ce qui sortait en URSS, faisant déporter un écrivain pour une phrase ou un vers indélicat. Saddam Hussein ne lisait, quant à lui, que des ouvrages sur... Staline !
Quel était le film préféré des dictateurs ? C'est la question du jour. Adolf Hitler adorait « King Kong », de 1933, avec Fray Way. Joseph Staline (Иосиф Виссарионович Джугашвили) était, quant à lui, fan de « Volga-Volga », de Grigori Alexandrov, une comédie musicale !!!! En Iraq Saddam Hussein ( صدام حسين عبد المجيد التكريتي ) commanda un film au réalisateur égyptien Tawfiq Saleh intitulé « Les
Longs Jours» : on y découvre un Saddam Hussein héroïque, qui tente
d'assassiner le président Abdel Kerim Kassem. Dans les années 1980 les vidéo-clubs libériens étaient innondés de VHS venues des Etats-Unis (Delta Force, Portés Disparus...). Plusieurs vendeurs d'armes ont affirmé que Charles Ghankay Taylor adorait ces films et y choisissait les pistolets et mitraillettes qu'il désirait. Plus intéressant est le cas de Kim Jong-il (김정일), qui possèderait plus de 20 000 DVD, pour l'essentiel hollywoodiens. Son film préféré : « Vendredi 13 », devant « Rambo First Blood ». Idi Amin Dada a été, quant à lui, l'objet d'un film-documentaire de Barbet Schroeder et y a collaboré activement. MAO Ze Dong (毛泽东), a été marié à une actrice, JIANG Qing, qui dirigea d'une main de fer la production cinématographique chinoise. La plupart des films sortis entre 1949 et 1976 ne sont que pure propagande, hormis quelques exceptions. Durant la Révolution Culturelle un grand nombre de cinéastes, d'acteurs ou de scénaristes furent envoyés à la campagne pour être "rééduqués" ou furent défenêstrés ! Certains dictateurs se désintéressaient du cinéma : Enver Hoxha par exemple, ou l'ont purement et simplement interdit comme Pol Pot ou le Mollah Omar...
Où l'on reparle des dictateurs et l'on tente de dresser leur portrait robot... 1) Le dictateur est peu diplômé : Nicolae Ceauşescu était apprenti cordonnier, Enver Hoxha tenait un bistrot, Pol Pot a échoué à son entrée au lycée, Staline a été renvoyé du séminaire, Hitler a raté son entrée aux Beaux-Arts, Franco était, selon les dires de son père un "incapable". Attention, des exceptions existent : Charles Ghankay Taylor était ainsi diplômé en économie et Hoxha avait étudié le droit à Montpellier. 2) Le dictateur a un kiki, aucune femme dictateur à l'époque moderne (Eva Peron n'est pas dans le même registre). 3) Le dictateur est paranoïaque = la junte de Myanmar a remplacé Yangoon par Naypyidaw en 2005 par crainte d'un assault amphibie de la CIA, Staline fait déporter des médecins, des traîtres supposés, Hoxha avait tapissé les côtes albanaises de bunkers... 3) Le dictateur est méchant : Hitler a fait tuer plus de 30 000 000 de personnes (les morts des Guerres dans le Pacifique lui sont difficilement imputables), Staline en a fait mourir 35 000 000 et Mao près de 75 000 000. En pourcentages Pol Pot les terrasse avec 1 700 000 Cambodgiens tués (un sur trois). 4) Le dictateur voit grand : le palais de Ceauşescu est le plus grand bâtiment au monde après le Pentagone, on ne compte plus les statues de Staline, par contre Saparmyrat Ataýewiç Nyýazow avait fait "mieux" puisqu'il avait une statue à son effigie en or au sommet de l'Arche de la Neutralité qui pivotait sur elle-même afin d'être toujours orientée vers le soleil. 5) Le dictateur aime le sexe : Staline a été marié deux fois, comme Hitler, Mugabe a fait disparaître un rival amoureux, comme Idi Amin Dada, Mao a lui-aussi eu plusieurs épouses. 6) Le dictateur a le culte de la personnalité : Nyýazow est sur tous les billets de banque au Turkménistan, Staline et Mao ont eux aussi fait leurs preuves mais des exceptions existent : le Mollah Omar, invisible, ou Pol Pot, très discret. 7) Le dictateur est riche : Suharto possèdait plus de $ 14 000 000 000, là où un Staline n'avait guère qu'un petit million...